06.02.2006

14 février, modèle économique viable

« When I get older, losing my hair, many years from now,
Will you still be sending me a Valentine, birthday greetings, bottle of wine? »
C’était il y a presque 20 ans et c’était la première fois que j’entendais parler de la Saint-Valentin. J’étais en 5ème et on avait à remplir en labo d’anglais des blancs dans cette chanson des Beatles (When I’m 64). La prof, Madame Nivo autant que je me souvienne de son nom, nous expliquait par la suite que c’est une tradition bien occidentale où il s’agit de s’envoyer des cartes le 14 février, jour de la Saint-Valentin qui a été soit dit en passant, rayé par l’Église catholique de son calendrier dans le soucis d’y épurer ses saints légendaires (selon Wikipédia). Puis plus rien.
Et voilà qu’à l’approche de l’an 2000, tout le monde se mettait à discourir sur cette tradition venue d’ailleurs. Il y a eu les médias d’abord et les jeunes animateurs des radios, toujours prompts à montrer de la dégaine dès qu’il s’agit de rapporter ce que font les Français. Le phénomène Saint-Valentin n’ayant envahi la France qu’à la même époque.
On y voit bien le côté asiatique et insulaire des Malgaches, constamment disposés à copier tout ce qui brille et ce qui vient d’ailleurs sans en comprendre ni le sens ni l’utilité, du moment que ça amuse et que l’on se sente faire partie d’un monde globalisé. Qu’importe si l’on fête Noël sous les tropiques et que les pères Noël en question fondent comme beurre au soleil dans leurs habits polaires le long de l’Avenue de l’Indépendance, ou si certains jeunes branchés de la Capitale se prêtent aux jeux païens d’Halloween en octobre tout en fustigeant sans réserve les joyeuses célébrations champêtres du jour d’Alahamady (jour du nouvel an lunaire dans la tradition malgache) par les traditionalistes, loin des buildings et des encarts publicitaires qui remplissent les journaux mais sans doute encore trop proches de temps beaucoup plus sombres qu’ils n’ont pas eux-mêmes (les jet-setteurs) tout à fait évacuer de leurs petites têtes malgré les strasses.
En 2006, même s’il y a eu ceux qui se sont perdus en longues explications sur l’origine et sur la nécessité de célébrer ce jour devenu subitement particulier avec la personne que l’on aime, celles-ci arrivent toujours à la même conclusion : achetez ceci, consommez cela, venez ici et payez cela, gagnez ceci pour deux en appelant ou en envoyant un sms de x ariary par envoi.
Le 14 février est devenu plus un modèle économique viable que de moments d’échanges de mots doux et de sincérité entre deux personnes éprises l’une de l’autre.
Ceux qui pensent qu’il faut faire de chaque jour une Saint-Valentin passent aujourd’hui pour les rêveurs de service. L’avantage avec le rêve justement, c’est que l’on n’a rien à payer pour en imaginer un et sans que l’on ne vous taxe de radin. Est-ce pour autant que l'on est moins amoureux?

Andry Hialy