23.09.2007
Super impôt
Lu sur Internet ce soir : "Benoît XVI a appelé dimanche au partage des richesses, mettant en garde contre "l'égoisme aveugle" dans lequel l'argent peut enfermer. Le pape a souligné que la logique du profit, quand elle l'emporte sur celle de la solidarité, accroît le fossé entre riches et pauvres et l'exploitation de la planète."
Très bien ! Alors à quand un impôt sur les grosses fortunes à Madagascar ? Même les marxistes du MFM et des autres mouvements qui se disaient prolétariens des années 70 n'ont pas osé en rêver. Il est peut-être grand temps d'en instituer un. Ca pourrait faire une grosse cagnotte pour l'Etat, avec toutes ces grandes villas qui fleurissent un peu partout, les SUV (voitures 4 x 4) et les grosses berlines qui pullulent en toute indifférence au milieu de la misère ambiante dans laquelle baigne la majorité du peuple. Comme la pression fiscale n'arrive pas à comptabiliser ce que doivent les délinquants fiscaux, un impôt sur les grosses fortunes devraient faire l'affaire. Cela attaquerait directement sur ce qui est visible et ne s'encombrerait pas des mic-mac comptables dans lesquels les entreprises, avec la complicité bienveillante des commissaires aux comptes et autres cabinets, exercent tout leur talent pour la quête du profit maximal.
C'est quand même curieux que c'est dans les pays développés que l'on retrouve ce genre d'impôt. Les pays pauvres, pardon! les dirigeants des pays pauvres n'en veulent pas. Ils entrent dans les gouvernements, et plus globalement, dans les institutions de l'Etat pour s'enrichir. Il leur serait tout de même illogique de couper la branche sur laquelle ils sont assis.
Mais que cela n'empêche pas le débat de s'ouvrir...
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15.08.2007
Un géant modeste
"L'Inde ne peut pas être un pays avec des îlots de forte croissance perdus au milieu de vastes zones où le développement reste inconnu, où seuls quelques-uns jouissent de la croissance", a martelé le Premier ministre indien Manmohan Singh devant des milliers de dignitaires et d'écoliers vêtus d'orange, de blanc et de vert, les trois couleurs du drapeau indien. C'était à l'occasion des 60 ans de l'indépendance de l'ancienne "perle de la Couronne britannique". Pas seulement l'Inde mais tous les autres pays émergents ou en développement comme Madagascar.
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12.08.2007
Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy
Monsieur le Président,
Vous étiez venu dites-vous à Dakar nous parler — nous les Africains —, avec franchise et sincérité, vous étiez donc venu avec tout le fond de votre pensée, car c’est ainsi je crois qu’on qualifie la franchise et la sincérité, un échange sans fard et sans arrière-pensée. Nous prenons donc acte de la conception que vous avez de ce continent et de ses habitants. Vous étiez venu dites-vous pour nous assurer que la France s’associera à nous si nous voulons la liberté, la justice et le droit, mais permettez-moi d’être franc et sincère également.
Au lendemain de votre discours, que faisiez-vous donc avec Omar Bongo, quarante ans de règne dans la dictature, un doyen dites-vous, et quel doyen dans la corruption et l’aliénation de son pays ! De quelle liberté, de quelle justice, de quel droit parlez-vous ? Je n’ose même pas vous poser la question concernant votre sourire à cet autre grand dictateur africain : Muammar al-Kadhafi ! Que dire du don nucléaire que vous lui promettiez ? Il serait maintenant fréquentable ? Sincèrement ? Mais soit… Nous les Africains manquons un peu de raison et ne comprenons pas ces subtilités qui nous éloignent de la nature et de l’ordre immuable des saisons.
Vous étiez donc venu — vidi vici complétera l’autre, regarder en face notre histoire commune. Fort bien ! Votre posture tombe à propos pour une génération d’Africains et de Français avides de comprendre enfin ces drames continuels frappant l’Afrique. Il nous reste simplement à tomber d’accord pour définir le sens de ce mot histoire. Car quand vous dites que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire, vous avez tort. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’esclavage a changé la face du monde. Nous étions au cœur de l’histoire quand l’Europe s’est partagé notre continent. Nous étions au cœur de l’histoire quand la colonisation a dessiné la configuration actuelle du monde. Le monde moderne doit tout au sort de l’Afrique, et quand je dis monde moderne, je n’en exclus pas l’homme africain que vous semblez reléguer dans les traditions et je ne sais quel autre mythe et contemplation béate de la nature. Qu’entendez-vous par histoire ? N’y comptent que ceux qui y sont entrés comme vainqueurs ? Laissez-nous vous raconter un peu cette histoire que vous semblez fort mal connaître. Nos pères, par leurs luttes sont entrés dans l’histoire en résistant à l’esclavage, nos pères par leurs révoltes, ont contraint les pays esclavagistes à ratifier l’abolition de l’esclavage, nos pères par leurs insurrections — connaissez-vous Sétif 1945, connaissez-vous Madagascar 1947 ? ont poussé les pays colonialistes à abandonner la colonisation. Et nous qui luttions depuis les indépendances contre ces dictateurs soutenus entre autres par la France et ses grandes entreprises — le groupe de votre ami si généreux au large de Malte par exemple, ou la compagnie Elf.
Savez-vous au moins combien de jeunes Africains sont tombés dans les manifestations, les grèves et les soulèvements depuis cette quarantaine d’années de dictature et d’atteinte aux droits de l’homme ?
Fait-on partie de l’histoire quand on tombe dans un coin de rue d’Andavamamba, les bottes des militaires foulant votre corps et vous livrant aux chiens ? Croyez-vous vraiment que jamais l’homme (africain) ne s’élance vers l’avenir, jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ? Jamais dites-vous ? Devons-nous l’interpréter comme ignorance, comme cynisme, comme mépris ? Ou alors, comme ces colonisateurs de bonne foi, vous vous exprimez en croyant exposer un bien qui serait finalement un mal pour nous. Seriez-vous aveugle ? Dans ce cas, vous devriez sincèrement reprendre la copie nous concernant. Vous avez tort de mettre sur le même pied d’égalité la responsabilité des Africains et les crimes de l’esclavage et de la colonisation, car s’il y avait des complices de notre côté, ils ne sont que les émanations de ces entreprises totalitaires initiées par l’Europe, depuis quand les systèmes totalitaires n’ont-ils pas leurs collaborateurs locaux ? Car oui, l’esclavage et la colonisation sont des systèmes totalitaires, et vous avez tort de tenter de les justifier en évoquant nos responsabilités et ce bon côté de la colonisation. Mais tout comme vous sûrement, nous reconnaissons qu’il y a eu des «justes». Or vous savez fort bien que les justes n’excusent pas le totalitarisme. Vous avez tort de penser que les dictateurs sont de nos faits. Foccart vous dit peut-être quelque chose ? Et les jeux des grandes puissances — dont la France évidemment, qui font et défont les régimes ? Paranoïa de notre part ? Oui, nous devons résister, et nous résistons déjà, mais la France est-elle franchement de notre côté ? Qui a oublié le Rwanda ? Vous appelez à une «renaissance africaine», venez d’abord parler à vos véritables interlocuteurs, de ceux qui veulent sincèrement et franchement cette renaissance, nous la jeunesse africaine, savons qu’ils ne se nomment pas Omar Bongo, Muammar al-Kadhafi, Denis Sassou Nguesso, Ravalomanana ou bien d’autres chefs d’Etat autoproclamés démocrates.
Nous vous invitons au débat, nous vous invitons à l’échange. Par cette lettre ouverte, nous vous prenons au mot, cessez donc de côtoyer les fossoyeurs de nos espérances et venez parler avec nous. Quant à l’Eurafrique, en avez-vous parlé à Angela ?
Sincèrement et franchement à vous.
Antananarivo, le 3 août 2007
Raharimanana et les écrivains
Boubacar Boris Diop (Sénégal),
Abderrahman Beggar (Maroc, Canada),
Patrice Nganang (Cameroun, Etats-Unis) Koulsy Lamko (Tchad),
Kangni Alem (université de Lomé),
et l’éditrice Jutta Hepke (Vents d’ailleurs).
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07.08.2007
Pire que des dictateurs
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01.08.2007
Gang de fachos!
En lisant ces quelques passages issus de Wikipedia sur le fascisme, on a vite fait de faire le parallèle avec Madagascar d'aujourd'hui.
"Un autre point caractéristique du fascisme est la prégnance de la hiérarchie sociale : le groupe doit être mené par un chef... dont l'autorité ne saurait être remise en question. Excluant tout contre-pouvoir, le fascisme est un système qui se veut totalitaire. Il s'est appuyé sur des groupes de choc..."
Dernière trouvaille du pouvoir et de son "groupe de choc" à la mairie de la ville : chasser tous les "4'Mi"(*) hors de la capitale, Antananarivo, dans l'optique de la tenue des Jeux des îles de l'océan Indien (9-19 août) dans la ville. Il ne fait apparemment pas bon goût par les temps qui courent d'être pauvres, mal fagotés et désoeuvrés. Mieux vaut ne pas être un Quatre'Mi dans les murs d'Antananarivo, ce que beaucoup ne peuvent pas s'en défaire du jour au lendemain bien que Ravalomanana leur a promis la lune. Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent!
Ce ne sera pas la rafle du Vel d'Hiv mais Dieu que ça lui ressemblera. Il faut ôter au plus vite à la vue des touristes attendus à l'occasion de ce rendez-vous sportif dans l'océan Indien toutes les stygmates de tant d'années d'échec dans la conduite d'un pays. Les moins de 15 ans, les mères ou les femmes enceintes et les vieillards seront transportés manu militari de la rue au commissariat. Un exil forcé vers le goulag du côté de Tsiroanomandidy (centre ouest) leur sera "proposé" par la suite! Pour les autres, ce sera l'isolement dans une cellule pour 24 heures. Et après? Auschwitz-Birkenau???
On jette sur les Quatre'Mi toutes les causes des malheurs d'Antananarivo. "Le banditisme et la déliquence, c'est eux! ", entend-on très facilement affirmer de la part des responsables communaux. Personne ne prend la peine de dire que c'est l'insécurité, la pauvreté dans les campagnes, les spoliations foncières, la malnutrition, l'isolement et tant d'autres abus de ce genre qui poussent les gens à quitter leurs terres pour les lumières de la ville. On fera l'impasse sur la réalité qui indique que c'est l'étalage et l'ostentation de l'opulence sous les yeux ébahis de la majorité appauvrie et paupérisée qui motivent les plus viles intentions. Quand les fruits de la croissance que l'on ne cesse de vanter dans les communiqués de presse ne sont pas partagés, celui qui n'a rien à se mettre sous la dent doit bien réfléchir à une manière ou une autre de les cueillir, non? Quoiqu'il en soit, ce ne sont pas les Quatre'Mi qui sont les auteurs des braquages et des casses sanglants que l'on lit souvent dans les rubriques des faits divers. Le vol à la tire ou à l'étalage, c'est mal mais ça ne tue personne! Par contre, quand on veut être une bête de la politique et que l'on a besoin de fric, on braque et on se sert partout. Du tiroir du bijoutier karana (indo-pakistanais) jusque dans les caisses de l'État. On envoie des menus fretins faire le sale boulot, avec une préférence pour les anciens sportifs de haut niveau que le système - que l'on dit huilé - n'a pas réussi à intégrer dans la course au pouvoir!
Toute cette mascarade facho ne se soucie même pas un poil de la liberté de circulation des biens et des personnes garantie par la Constitution. On se demande alors ce que fait l'ONG Akamasoa du Père Pedro dans cette aventure liberticide et totalitaire? L'ONG est-elle induite en erreur dans ce mouvement qui glace le sang? Cela sera-t-il inscrit dans le rapport annuel de l'ONG remis à ses donateurs dont un certain Prince de Monaco? Et toutes les autres ONG et associations qui font profil bas devant cette lame de fond, que diront leurs membres et donateurs lors des assemblées générales? Faut choisir son camp: celui de la "lutte contre la pauvreté" ou celui de la "lutte contre les pauvres", mais dans tous les cas il faut se prononcer car le temps presse.
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18.07.2007
Une semaine normale
Selon les textes promulgués par le pouvoir, chaque fokontany organise une élection pour choisir leur chef. Les noms des trois premiers candidats sont ensuite envoyés au chef de district qui a tout loisir pour nommer la personne de son choix à partir de la liste. Selon quels critères? Certainement pas objectifs d'après les premières expériences menées par ces mauvais sorciers.
Quand cette personne choisie est le candidat arrivé premier, tout paraît normal. Mais quand son dévoulu porte sur le bon dernier, bonjour les dégâts. La démocratie tourne tout simplement à la farce.
Dans un fokontany situé dans la partie orientale de l'île, un candidat qui a recueilli moins de 50 voix a été élu président du fokontany au dépend du premier qui, lui, a obtenu plus de 1 000 voix. La faute de ce dernier? Ne pas être membre du parti au pouvoir, le Tim (Tiako i Madagasikara).
Oui, nous vivons sous les tropiques à l'ombre des bananiers...
2. Ils bouffent nos sous. 880 millions d'ariary (325 000 euros) seront consacrés à des programmes de lutte contre le sida et les maladies sexuellement transmissibles au sein des Forces armées malgaches. Avec un taux de prévalence à la syphilis de 16% (sur un échantillon de 1 500 individus), nos soldats ont été qualifiés de "personnes vulnérables" et de "personnes à risque"! Ha! Ha! Ha! Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre? Ils ne se contentent plus de ne rien faire à part bouffer les budgets qui auraient été mieux utilisés s'ils étaient affectés pour payer les soldes des instituteurs et des médecins à Perpète-les-Schnouilles. A l'occasion, ils s'inventent spécialistes de la lutte antiacridienne ou de la pyrotechnie lors des feux d'artifice lancés la veille de la célébration de l'Indépendance. Très souvent, ils écument les bars pour règler leur compte entre eux ou celui de leurs compagnes, ou, pour faire la guéguerre aux gendarmes et aux policiers.
Ainsi, les millions de boîtes de préservatifs qui ont été promis n'auraient pas suffit par rapports aux ardeurs des bidasses. Qui a dit déjà qu'"il faudrait supprimer cette armée-là vu qu'un corps de gendarmerie et un autre de police suffisent largement pour ce pays" ?
3. Aurait mieux fait de se taire. Lors d'une tournée dans la partie Nord de l'île en début de semaine, Marc Ravalomanana a accusé - une nouvelle fois - les médias de ne pas avoir compris ses propos, qui ont porté cette fois-ci sur ses différends avec le FMI. Quelques jours auparavant, lors d'une rencontre entre lui et une cinquantaine de sénateurs, tout le monde comme ces parlementaires désormais témoins ont bien entendu à la radio comme à la télé le président menacer de rompre les relations du pays (ou les siennes ?) avec le FMI si ce dernier n'approuve pas l'amnistie fiscale qu'il voudrait accorder aux bandits fiscaux du pays.
L'autre jour, Marc Ravalomanana a demandé aux journalistes d'agir en professionnel. Il ferait mieux de dire la même chose à ses conseilliers en communication qui lui soufflent ses phrases, mais aussi et surtout... à lui-même.
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11.07.2007
Silence, on mapise!
On peut faire le choix d'être un inculte notoire mais on peut aussi faire l'économie d'une perte de temps en ne lisant que les ouvrages qu'on estime essentiels pour avoir une compréhension du monde ou pour se divertir et se détacher de la réalité tout simplement.
Ce qui fait qu'on ne peut nullement être taxé de réactionnaire ("mpanoharina" dans le langage révolutionnaire de l'ère socialiste de Ratsiraka) en s'abstenant de lire le contenu du Map, le nouveau et déjà vieux chouchou brandi par Ravalomanana.
Il y a vingt ans, les épreuves du certificat d'études primaires - le CEPE - comportaient des questions en référence au contenu du "Livre rouge" de Ratsiraka. C'était à qui pouvait réciter le plus grand nombre de citations du leader suprême de la Révolution!
Au temps où la Chine faisait sa Révolution culturelle en jetant sur les réac les échecs du Grand bond en avant dicté par le Livre rouge, le vrai, Madagascar s'apprêtait à allonger la liste des pays qui se tromperont de voie dans la quête du Paradis socialiste.
Comme l'Histoire aime à se répéter, voilà que le pouvoir actuel réinvente sa - "Vision", lire utopie dans le dialectique communiste, son - "3P", Partenariat public privé (emprunté à Tony Blair et à sa Troisième voix du New Labour et non une invention de Ravalomanana comme certains caciques de mauvaise foi le laissent entendre), lire coopérative avec ce que cela suppose de favoritisme comme du temps du "Tous égaux!", - ses slogans à quarte sous qui font fureur dans les campagnes et chez les illettrés, et enfin son - "Map", lire Livre rouge.
On y reprend les mêmes choses que le Livre rouge et la Charte de la révolution socialiste malgache. Les graphiques, les photos numériques, les anglicismes et le papier glacé font place aux longs textes étirés sur du papier pellure d'un autre âge.
Pour diffuser la pensée du leader, quoi de mieux que les personnes nommées au gouvernement et leurs suites de copains auxquels on ajoute les fonctionnaires plus soucieux de leurs retraites que de la neutralité exigée par leur profession.
Ca "map"ise de tous les côtés, jusque dans les discours et dans la rédaction des rapports des organismes internationaux présents au pays. A ce rythme, il y a de fortes probabilités pour que l'on sert aux convives du "canapé mapé avec du yaourt du chef" dans un de ces nombreux cocktails, sur le nombre desquels se rivalisent les départements ministériels et les organismes rattachés. En attendant, le peuple meurt de faim. Et il y a un map qui lui est tout à fait indiqué. "Celui du maquis et du kalach.." comme qui dirait l'autre!
J'ai été à Mangaiky, à une vingtaine de kilomètres au nord de Faradofay (Fort-Dauphin ou Taolagnaro ou Tolaganro, bref à l'extrême sud-est de l'île) peu avant la fête de l'Indépendance (26 juin). Il s'y tenait une manifestation organisée dans le cadre d'un projet de sensibilisation sur les "meileures communes", dont personne du coin ne semble avoir connaissance des critères utilisés. Il y a eu un concert dans le stade de foot bien aménagé mais qui se trouve presque en pleine forêt. Hazolahy, le groupe natif du pays, s'y est produit avant de céder la place aux officiels et aux notables avec leurs incontournables discours. Dans les discours, justement, personne n'y a manqué de faire référence (allégeance?) au Map. Côté spectateurs, j'ai demandé à des jeunes, visiblement fans du catcheur américain John Ceena comme l'attestent leurs t-shirt, ce qu'ils pensent du Map. 1. Personne n'en a jamais entendu. 2. Personne ne sait évidemment pas ce qu'est le Map.
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13.04.2007
Dépêche, toi, tu t'es trompé!
On trouve beaucoup d'humour sur Internet. Vraiment beaucoup! Dans les sérieux journaux francophones en ligne, les fautes d'orthographe se ramassent à la pelle, surtout dans les articles et dans les dépêches d'agence de presse. On en rit! Mais la dernière que j'ai déniché hier soir a hérissé mes poils. Cherchez l'erreur par vous-même:
COTE IVOIRE JUSTICE BEMBA
Jean-Pierre Bemba dans le viseur de la justice ivoirienne
KINSHASA (AP) -- Le procureur général de la République, Tshimanga Mukeba, a émis un réquisitoire pour obtenir l'autorisation de poursuivre l'ancien vice-président ivoirien Jean-Pierre Bemba, selon la lettre déposée au bureau du Sénat et dont l'AP a lu jeudi une copie...
Ainsi l'Associated Press affirme que Jean-Pierre Bemba est un Ivoirien et son pays la Côte d'Ivoire alors que c'est un Congolais et que son pays est le Congo RDC dont la capitale est Kinshasa. Je me dis qu'il ne faudrait pas croire tout ce qui se lit sur Internet.
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02.02.2007
Rapport annuel 2007 de Reporters Sans Frontières
RSF a publié hier son Rapport annuel 2007. Quelque part, dans la section Afrique, on peut retrouver cette petite phrase qui en dit long: "Les gouvernements qui maintiennent sciemment, dans leur législation, des peines de prison pour les délits de presse, peuvent manifester à loisir leur dédain pour les professionnels de l’information. Le prétexte facile de la “responsabilité” des médias, s’il est quelquefois utilisé à bon escient, a envoyé plus d’un journaliste en cellule, pour peu qu’il ait mis en cause l’intégrité des puissants."
Le gouvernement malgache en fait partie en voulant à tout prix inclure dans le projet de Code de la communication, les peines de prison pour les délits de presse.
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14.07.2006
« Les intellectuels malgaches ne doivent pas se taire pour ne pas être taxés plus tard de complices des dérives », estime le poète universitaire Elie Rajaonarison
Poète, anthropologue, membre-fondateur du parti Ny Asa Vita no Ifampitsarana (Avi), conseiller ministériel, conseiller municipal de la Capitale, officier de réserve, mannequin à ses heures perdues, le nom cité dans les textes d’une chanson populaire célèbre, Elie Rajaonarison cite souvent en référence l’intellectuel français Jean-Paul Sartre. Des intellectuels malgaches et de leur silence, il en parle et les comprend. Mais le Secrétaire général de ministère, qu’il a été, parle aussi volontiers de la culture, un thème qui lui tient toujours à cœur bien qu’il ait beaucoup mis de l’eau dans son vin à ce sujet, sans pour autant perdre de sa verve habituelle.
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* Les Nouvelles : Qui est Elie Rajaonarison?
- Elie Rajaonarison : Les gens ont l'habitude de me présenter comme un homme de lettre parce qu'on dit que je suis poète et que je suis écrivain. Et on dit aussi que je suis un homme de science parce que je suis enseignant-chercheur en anthropologie culturelle et sociale à l'Université d'Antananarivo. Enfin, on dit aussi que je suis un homme d'Etat parce que j'ai occupé des fonctions et que j'occupe encore - ou de temps en temps - quelques fonctions au niveau de l'Etat central. Mais si je me définis, je dirais ce qu'un de mes amis m'a dit un jour en voulant cerner le personnage d'Elie Rajaonarison, c'est que je suis un poète universitaire. J'assume être poète et j'essaie de vivre cela même si ce n'est pas facile de vivre en tant que poète de nos jours, mais j'aime ça. Malgré beaucoup d'amertumes, de déceptions et de déboires je suis encore prêt à assumer mon état et ma conviction d'être universitaire. Je n'y ai pas encore renoncé et j'essaie toujours de faire de l'université quelque chose qui ressemblerait à ce que je me l’imaginais auparavant. Car j'aurais pu être militaire, avocat, médecin ou même pasteur...
* Vous êtes toujours un officier de réserve de l'armée?
- Oui, et j'ai été à l'Académie militaire à la promotion Dimby du peloton des cadres des réserves. Je le dis en toute modestie, pour cadrer le personnage, que j'ai été major et « Katibo ». Être major, sur le plan académique et pédagogique, c'est être premier de sa classe; mais être Katibo, j'en suis plus fier. Parce que le Katibo, dans notre jargon, c'est celui qui est choisi par ses pairs pour être leur chef. J'ai servi à la Base aéronavale d'Ivato (Bani). J'y étais un certain temps et j'ai été encore sous les drapeaux quand se sont déclenchés les événements de février 1975. Donc, j'ai entendu quelques crépitements de balles. J'ai vécu cela comme tous les Malgaches mais de façon plus intense peut-être. J'ai par exemple aussi dessiné le drapeau de la Bani.
* Vous avez une origine sihanaka?
- C'est un peu difficile à dire. Je ne renonce pas à cela, mais je suis Malgache d'abord. Les autres diront que je suis un être humain mais c'est trop loin de dire que je suis de l'Humanité. Je suis Malgache et fier de l'être. Mes ancêtres viennent de l'Imerina et nous sommes donc des Merina. Il y avait eu deux branches, l'une envoyée en pays Vonizongo et une autre en pays Sihanaka par Radama. Ça fait plus d'un siècle et ça forge les hommes, et voilà pourquoi les gens me considèrent comme un Sihanaka parce que j'ai la culture sihanaka. Quelque part aussi, j'ai la culture antemoro parce que j'ai étudié longtemps chez les Antemoro, j'y ai étudié le Sorabe que j'enseigne d'ailleurs à l'Université. Je suis d’origine merina, j’ai la culture sihanaka et antemoro, je suis Malgache, donc.
« J'ai une manière de plaisanter qui est sérieuse »
* Cette culture sihanaka vous permet-elle de faire le « ziva » avec les Betsimisaraka?
- Profitant de cette interview, je salue mes Ziva betsimisaraka et mes Gaona, hommes ou femmes, d'Antsihanaka. C'est important, ce ziva, cette parenté à plaisanterie entre les peuples, celle qui existe entre les Sihanaka et les Betsimisaraka en est une. Quand nous étions enfants, nous habitions à l'orée nord-est de la ville d'Ambatondrazaka et quand les Betsimisaraka « montaient » sur Ambatondrazaka nous étions des premières maisons qu'ils rencontraient et chez mes parents, il y avait toujours une cafetière remplie prête à être réchauffée pour eux. On s'aime bien, on se taquine bien et on se « ziva » bien.
* Est-ce que vous pensez que l'on pourrait transposer le modèle du ziva à d'autres environnements, celui politique par exemple?
- Ça dépend. Le ziva est un élément culturel de la parenté à plaisanterie. Ce sont des gens qui ont décidé, il y a longtemps, d'être parents et de sceller cette parenté par la plaisanterie. Si certains membres de partis politiques décident d'être parents et de sceller entre autres façons cette parenté par leur manière de s'adresser quelques plaisanteries et pas quelques... coups bas, pourquoi pas? Mais ceci dit, j'ai beaucoup d'amis politiques qui soient du côté où je suis ou de l'autre avec qui j'aime bien plaisanter. C'est ma manière d'être et j'ai du mal à rester trop sérieux. J'ai une manière de plaisanter qui est sérieuse, et ce n'est pas parce que je plaisante que je ne suis pas sérieux.
« Je suis un insatisfait notoire et incorrigible »
* Vous êtes bien placé pour savoir qu'il y a une grande évolution dans tout ce qui est espace d'expression à Madagascar, notamment en milieu urbain et par le biais des médias, quel regard portez-vous sur cette évolution?
- Il y a d'abord le fait et c'est à souligner que ces espaces d'expression ont vraiment commencé à s'ouvrir à la fin des années 80 et au début des années 90. Un des signes les plus tangibles, c'était la création de ce qu'on appelait à l'époque les « radios libres ». Ça veut bien dire ce que ça veut dire, qu'il y avait eu à l'époque des radios qui n'étaient pas libres. J'aime bien cette expression mais on l'a un peu oubliée. On dit maintenant radios FM. Il faut souligner cette liberté. Quand on parle d'espace d'expression, pour moi, ce sont des espaces de liberté. De liberté d'expression et de liberté quelles que soient les opinions. On remarque aussi d'autre part et je crois qu'il est difficile de le contredire que ces espaces de liberté d'expression ne sont pas suffisamment exploités et investis, pour justement exprimer cette liberté ou pour s'exprimer tout simplement.
* Reconnaissez tout de même qu'il y a des stations radios où les auditeurs peuvent intervenir à longueur de journée. N'est-ce pas justement un exemple d'exploitation assez sérieuse de ces espaces d'expression?
- C'est vrai si l'on se réfère à certaines stations radios mais il faut voir, à mon avis, dans la globalité. Combien y a-t-il de radios ne serait-ce qu'à Antananarivo? Il y a bien une cinquantaine tout au plus et combien d'entre elles ouvrent leurs antennes comme ces radios dont vous faites référence. Je ne pense pas qu'il y en ait vingt. On n'arrive même pas à la moitié. Alors que ce sont des espaces d’expression, des espaces de liberté. Je ne vais pas citer de noms de radios pour qu’on ne dise pas que je suis partisan de telle ou telle station mais il faut reconnaître que, oui, il y a des émissions où les auditeurs peuvent s’exprimer. Mais combien d’heures par rapports au volume horaire total de toutes les radios qui existent à Madagascar y sont consacrées ?
* On ne remontera pas loin, à cinq ans tout au plus, mais avouez tout de même que le paysage était vraiment différent de la situation actuelle sur ce point, n’est-ce pas ?
- C’est vrai mais disons que je suis un insatisfait notoire et incorrigible (Rire). Plus sérieusement, j’aimerais qu’il y en ait plus. Là on a parlé des radios, mais il y a aussi des stations télé à Madagascar et combien de ces stations télé offrent leur espace audiovisuel à l’expression de cette liberté ou à l’expression, tout court, des idées ? Combien en terme de volume horaire, toujours, par rapport au nombre de stations télés et d’émissions offrent des débats. Idem pour les journaux. Est-ce qu’il y a des journaux qui offrent leur espace ? Combien ?
« Avec toutes les foutaises que l'on dit et que l'on écrit ici et là, les gens écoutent et lisent quand même »
* Dans ce "peu d’ouverture" comme vous le qualifiez, les intellectuels malgaches sont souvent absents des débats ?
- Cette question est très importante. D’abord, il faut revenir à la définition et se mettre d’accord sur ce que nous entendons par « intellectuel ». Si par intellectuels, nous entendons tout simplement les universitaires alors je ne suis pas d’accord parce que les universitaires ne sont pas tous des intellectuels. Et les intellectuels ne sont pas simplement des universitaires. Si nous disons que les intellectuels comme du temps de Sartre, ce sont les écrivains, je suis désolé mais ce ne sont pas tous les écrivains qui sont des intellectuels. Les intellectuels sont à mon avis des maîtres à penser. Ce sont des gens qui réfléchissent d’abord sur la condition humaine. Ils sont sensibles à cela et ont un œil et une oreille critiques, donc les cinq sens en éveil, en émoi sur tout ce qui concerne l’Homme. L’intellectuel, c’est quelqu’un qui est très enraciné dans sa culture, à fleur de peau par rapport à ce qu'il est et à ce d’où il vient, mais qui est en même temps branché sur l’universel et qui a donc aussi un œil attentif sur ce qui se passe dans le monde. C’est tout un ensemble de qualités qui fait que l’on est intellectuel. C’est un brasseur et un agitateur d’idées ! C’est quelqu’un qui peut créer un débat à partir de situations, et voilà le mot est lâché. Quand on me parle d’intellectuel, je pense à deux choses ; à Sartre et à ceux qui ont vécu à la même époque que lui. L’écrivain, l’intellectuel est en situation. C’est celui qui est en situation et la vit profondément. Ensuite, je pense aux causes. On dit qu’il y a des petites et des grandes causes. Moi je dis qu'il y a des causes pour lesquelles il faut se battre, il faut être présent pour manifester, pour dire les choses. L’intellectuel, c’est celui qui dit les choses. Je ne parlerai pas de militant mais c’est celui qui en situation, dit et parle de ces causes…
* Ce ne sont pas les causes à dire qui manquent dans ce pays, et pourtant on n’entend pas et on ne voit pas beaucoup les intellectuels…
- C’est pour cela qu’il faut se mettre d’accord sur la définition. Le terme intellectuel a été mis en avant avec l’affaire Dreyfus qui a divisé l’opinion publique en France. Là, des intellectuels ont manifesté. D’un côté, Émile Zola, Péguy et consorts et d’un autre Maurice Barrès et les autres. Les uns partaient de la base de l'universalisme de la justice et les autres avaient comme valeur la patrie, la fierté et l'honneur de l'armée. Par rapport à cela, dans le cas de Madagascar, où sont ces intellectuels? Qui sont-ils, avant de dire qu'il y a un silence des intellectuels à Madagascar. La réponse, c'est qu'il y a des intellectuels à Madagascar. Heureusement qu’il y a des maîtres à penser, qui réfléchissent, qui sont en situation et qui sont sur des causes qui leur tiennent à cœur à Madagascar. Il y a des gens qui, heureusement, se battent pour des causes. Malheureusement, on ne les entend pas, on ne les voit pas. On dit, et c'est devenu une expression depuis que le FFKM l'a dit : « Miasa mangina ohatry ny FFKM » (travailler en silence comme le Conseil oecuménique des églises chrétiennes, Ndlr).
* Qu'est-ce qui se passe, on ne les entend plus parce qu'on ne leur donne pas d'espace pour s'exprimer ou parce que les gens n'ont plus envie de les entendre?
- Je ne sais si les gens ont envie de les entendre ou pas. Avec toutes les foutaises que l'on dit et que l'on écrit ici et là, les gens écoutent et lisent quand même. Mais il y a les deux. Il y a le fait que ces intellectuels pour telle ou telle raison se taisent. Ce n'est pas parce qu'ils n'osent pas, c'est parce qu'ils ne veulent plus s'exprimer.
« Faire date pour ne pas être plus tard taxés de complices »
* Dans une société en pleine transformation comme Madagascar, est-ce qu'ils ont “le droit au silence”, le droit de se taire à votre avis?
- Ça c'est une autre question, mais c'est un choix. Comme je l'ai dit, il y a des intellectuels qui ne veulent pas s'exprimer mais choisissent le « miasa mangina ». Je m'excuse mais ils se disent peut-être - « ny asa vita no ifampitsarana » - qu’on juge l’Homme par ses réalisations. Mais en même temps, il y a aussi le fait qu'on ne les laisse pas s'exprimer. Pour justement revenir à ces espaces d'expression, est-ce qu’ils sont réellement ouverts et offerts à la réflexion? Ou bien au nom d'une certaine idée, sur certaines radios, on dit « rien que de la musique ». « Tsy be teny, fa be mozika », je veux bien. Dans certaines émissions télé, j'entends: « ici, on n'est pas bavards. Ici, on ne discute pas. » Où est la place de l'intellectuel là-dedans, parce que lui il discute ? L'intellectuel ne bavarde pas, il lance des idées, il soumet des idées à la discussion. Moi j'ai été en butte à des situations comme cela. On me pose une question et on m'oblige à répondre en une minute. Ce n'est pas comme ça que ça se passe. Cependant, les intellectuels qui se taisent actuellement pour diverses raisons, ils doivent quand même beaucoup réfléchir pour ne pas, plus tard, être taxés d'avoir été complices de telle ou telle dérive des situations. Vous savez, la montée d’Hitler ne s'est pas faite en deux jours. Hitler a mis une dizaine d'années pour monter au pouvoir. Les intellectuels allemands d'alors pour diverses raisons n'ont rien dit. Il se sont tus. La population abasourdie s'est également tue pour finalement dire : « Voilà Hitler ! »
* Iriez-vous jusqu'à faire le rapprochement avec Madagascar?
- Non, je fais juste une référence historique. Je parle de l'autre siècle. Je dis qu'il faut faire attention parce que ça risque à terme de se retourner contre les intellectuels. Alors, même si les médias ne sont pas ouverts, il faut chercher à dire les choses, il faut faire date pour pouvoir affirmer par la suite: « oui, à telle époque, nous avons dit ceci, nous avons agi dans ce sens. » Et demain, on ne sera plus taxés d'avoir été complices et d'avoir été même des agents avec notre silence. On peut prendre de nombreuses références historiques de ce genre, mais il ne faut pas attendre d'être jugés par l'Histoire. Il faut agir dans le présent.
« Le temps est à l’action bête »
* Peut-on dire que c'est une partie de la culture malgache vouée à l'oralité et à la discussion qui part un peu en miettes ?
- Il y a tout ça mais pas seulement. Puisque l'intellectuel ne peut pas se battre pour les causes qui lui tiennent à coeur qui sur les ondes qui sur les pages de la presse écrite, alors il se bat dans la vie quotidienne avec ses actes. Oui, je dis qu'il y a une certaine responsabilité de l’intellectuel quand il se tait mais il faut aussi voir où et comment. Moi j'ai été parmi les premiers à dénoncer le silence des intellectuels en 1999 alors qu'il y avait eu tellement de causes et de situations et l'on aurait dû parler, mais force avait été de reconnaître où et comment? On m’a dit: « on va s'emparer de telle ou telle radio, de telle ou telle tribune. » Moi, j’avait dit : « ce n'est parce qu'il y a des tribunes ou des ondes que l'intellectuel aura forcément droit à l'antenne, à l'écran ou à la page, et à être écouté. » Parce qu'il y a des programmateurs qui n’apprécient pas ce genre. Je ne dis pas qu'il faut tout rejeter sur les responsables de la presse et de la communication. Ce serait très malhonnête. En même temps il y a une responsabilité de la société globale qui, dans sa misère et sa déchéance intellectuelles, n'a plus et ne veut plus avoir le temps d'écouter un débat et qui dit à cette radio et à cette presse: « nous, on veut de la musique et rien d'autre. » Donc, il y a une responsabilité aussi de la société, parce que nous sommes dans une société de débat, d'échanges d'idées, de « dinidinika » et de « resaka ». Et là je rejoins votre question, oui, nous avons perdu cela.
* On dit que le temps maintenant est à l'action...
- Alors à ce moment-là, le temps est à l'action... bête parce qu'avant d'agir il faut réfléchir.
* Il y a ceux qui disent aussi que l'on a beaucoup trop réfléchi depuis tout ce temps. Cela peut en être une cause aussi, n'est-ce pas votre avis?
- On dit cela pour les gens qui réfléchissent sans rien faire. En ce qui me concerne, en ce qui nous concerne, la réflexion se nourrit de l'action. Et l'action fait suite à la réflexion. Il ne faut jamais croire qu'il y a des pratiques sans théories. Les théories débouchent normalement sur de la pratique. Et c'est là que j'aimerais parler de la responsabilité de la société globale, des médias et des intellectuels qui ne font pas part de leur théorie et de leur vision des choses. Nous manquons terriblement de vision actuellement, parce que nous manquons de visionnaire, de gens qui expriment leurs visions. Ce n'est pas parce qu'ils n'existent pas. Prenons le cas d'une personne quelconque et qui rêve de faire de Madagascar une île verte. Il agit, il se bat mais est-ce qu'on lui a déjà donné l'antenne ou la page pour dire ce qu'il a dans sa tête ? Il y a des gens, comme ça, qui luttent dans les ONG, dans les associations pour faire de Madagascar une île verte, si l'on part de cet exemple. Voilà des intellectuels, qui agissent et qui ont une vision. Si on leur permet de s'exprimer, je vous assure qu'ils auront beaucoup de choses à dire. Parfois aussi, il y a des journalistes qui obligent un peu les gens à dire ce qu’ils pensent. Pourtant, il y a des gens qui sont timides, et à partir du moment où ils sentent que celui qui fait l'interview n'est pas tellement d'accord avec ce qu'ils ont à dire, ils se taisent, se recroquevillent et rentrent dans leurs coquilles, et on va dire: « ils ne sont pas des intellectuels alors? » Donc, je suis un peu entre l'intellectuel engagé de Sartre qui dit les choses et l'intellectuel engagé de Elie qui fait les choses. En fait, et il faut le souligner aussi à Madagascar, et c'est là une contradiction fondamentale de tout ce que je viens de dire, c'est qu'il faut dire ce que l'on fait et il faut surtout faire ce que l'on dit. Il y a cette relation très étroite entre l'action et le verbe, c'est-à-dire la réflexion qui vient avec l'action. Il faut dire ce que l'on fait. On dit: « je vais faire ceci » et ensuite il faut faire ce qu'on dit. Ici, soit on fait, soit on dit. On dit les choses et on ne les fait jamais, ou, on fait les choses et on ne les dit jamais. Pour qu’il y ait des intellectuels qui s'expriment, il faut tout simplement revenir à cette base. A l'époque, les intellectuels malgaches étaient les Hagamainty et les Hagafotsy, ou encore les Andrianampoinimerina, Rabefiraisana ou Radama I. Voilà des intellectuels qui étaient aussi des hommes d'action et qui ont laissé des réflexions. Quand on lit les Tantaran’ny Andriana (L'Histoire des Rois) il y a une longue réflexion à retenir issue des kabary d'Andrianampoinimerina sur les marchés. C'est une source de réflexion d'un intellectuel. Mais Andrianampoinimerina, il n'a pas fait que tourner les pouces. Il n’a pas fait que dire ce qu’il pense des marchés, il les a réalisé. Je prends ces gens-là pour qu'on ne m'accuse pas d’être avec ceci ou cela de l'époque contemporaine, mais voilà des intellectuels qui ont dit et qui ont fait ce qu'ils ont dit qu’ils allaient faire.
« Si on enlève la culture alors on ne vit plus »
* Et si l’on changeait de sujet. Il y a actuellement à Madagascar beaucoup de programmes internationaux sur lesquels le pays s'est engagé, mais ceux-ci sont voués à des secteurs économiques et sociaux, et on a un peu tendance à oublier le volet culturel. Cela ne vous choque-t-il pas, ne serait-ce qu’un tout petit peu ?
- Il y a longtemps que je ne suis plus choqué par quoi que ce soit de cette nature, et je ne veux pas être choqué car je veux agir. Il fut un temps où sur cette question j'aurais réagi de façon très polémique ou très brutale. Mais à quoi ça a servi, à quoi ça sert? C'est comme ça, ce sont des questions de priorité du moment, de priorité du pouvoir.
* A vous entendre, la question culturelle n’est pas permanente mais juste ponctuelle et conjoncturelle…
- Non. Quand je dis que je ne me fends plus en larme ou que je ne me fends plus en rire et que je donne l'impression de ne plus être choqué, ce n'est pas que je minimise. Au contraire, je préfère agir et faire agir tous ceux qui sont encore sensibles à cela. Ce n'est pas parce que nos bailleurs de fonds mettent l'accent sur tel ou tel programme économique que la culture est donc oubliée et que nous aussi on va s'oublier là-dedans. Si nous nous en rendons compte, ce n'est pas à nous de nous lamenter, c'est à nous d'agir pour faire en sorte que malgré cela, il y ait des choses qui se font. Je m'insurge là aussi car il y a des intellectuels qui travaillent dans l'humilité et dans le silence le plus profond, mais un silence criant et criard, et tellement profond que ça saute non seulement aux yeux et aux oreilles mais aussi au ciel. Dans ce cas, les bailleurs de fonds gagneraient à y réfléchir, et surtout nos dirigeants et tous ceux qui sont en charge du développement de ce pays parce que ce n'est pas pour rien qu'un organisme international aussi important que l'Unesco a décidé de faire de la culture, le levier du développement. Ce n'est pas parce que la décennie mondiale Culture et développement est terminée qu'on va dire qu'on remballe tout et que la culture est à mettre au placard. Il y a une grave erreur, et je le fais remarquer souvent à mes étudiants, c'est de croire que la culture est une chose à mettre dans un coin de la chambre, ou un objet monolithique que l'on va réveiller à chaque fois que l'on en a besoin. La culture, c'est notre vie quotidienne. Elle est l'air que nous respirons. Donc si on enlève la culture, on ne vit plus. Quand on dit soupe chinoise, c'est déjà la culture chinoise. Mais quand on dit soupe « silamangany », c'est la culture malgache, tout cela pour dire que si la soupe est universelle, la soupe silamangany n'est pas chinoise. Maintenant, il faut savoir comment développer ce sens culturel en chacun de nous. Tout le monde est ému devant la beauté d'un tableau ou d'un paysage, mais comment fait-on pour passer de là à un acte ? Là, on a besoin d'un intellectuel pour théoriser et pratiquer. Il y a des maîtres à penser dans tout cela mais il faut les laisser s'exprimer et leur ouvrir les espaces d'expression. Et surtout, il faut qu’il y ait cette liberté ; nous avons commencé par cela et il faut continuer. Cette liberté de dire les choses, de ne pas avoir peur de les dire et de ne pas avoir peur d’être taxés d'anti ceci ou de pro cela est primordiale.
« La culture doit aussi nourrir son homme »
* Est-ce que vous n'avez pas un peu l'impression que l'on marginalise les personnes ou les groupes de personnes qui font la promotion de la culture malgache dans son aspect le plus essentiel?
- Là aussi, à une certaine époque, j'aurais dit oui et que cela est écoeurant. Mais encore une fois, je ne veux pas me lancer dans cette jérémiade. Je veux dire, tout simplement, que si c'est comme ça alors c'est à ces gens-là de réagir pour que ça ne soit pas ainsi. Il est toujours possible de changer la face du monde, d’agir et de faire les choses autrement. Ce n'est pas parce que les autres vous marginalisent que vous allez accepter cette situation. Il faut trouver un moyen de ne pas être marginalisés, de se faire entendre. Donc, on retrouve la boucle infernale de la recherche mais en même temps, il faut aussi que les autres réfléchissent parce que, ce faisant, ils se tuent eux-mêmes.
* Actuellement, on considère plus la culture comme une opportunité économique de développement d'affaires, en est-on à un tournant à votre avis dans la conception de la culture à Madagascar ?
- Disons tout simplement que c'est un des volets, ou une des possibilités mais il n'y a pas que cela. Et heureusement, qu'il y a autre chose dans la vie culturelle et dans le volet culturel. Il n’y a pas que des gens qui en font une industrie ou un moyen de se faire de l'argent. A la limite et à terme, il y a une partie de ces gens-là qui pourraient dégoûter les autres de la culture. Parce que si la culture est un produit comme tout autre produit, donc c'est un produit qui est aussi vendable, commercialisable et qui nourrit son homme, pourquoi pas? Bientôt, on va discuter du statut des artistes. Si on en discute, c'est que la culture doit aussi nourrir son homme, comme la culture du riz ou du café fait vivre le paysan. Mais la culture du riz n'est pas la culture avec un grand C et est donc autre chose. La culture est donc un produit intellectuel et humain. Il faut d’abord que ça développe l'Homme, que ça développe la société et les tissus de relations qui sont primordiaux pour nous et avec lesquels nous vivons. Maintenant, s’il y a des gens qui versent dans la culture pour se faire quelques sous, libre à eux !
Propos recueillis par Andry Hialy
Photos : Tiana Rakotomavo
(Pages 8 et 9, Les Nouvelles du vendredi 14 juillet 2006)
20:05 Publié dans Politique, Économie et Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note


