07.04.2006
La banalisation du racisme, en attendant un génocide
Je n’ai pu m’empêcher de reprendre cet éditorial de L’Express de Madagascar du 06 avril 2006, écrit par Andry Rabeherisoa. Vous pouvez le retrouver ici.
Andry ne l’a pas dit pour les raisons que tout le monde comprend mais l’émission en question est « Tsy ampy dôzy » diffusée sur la FM Radio Tanà 94.4 Mhz de 10 heures du matin à midi, quotidiennement. Elle est animée par deux jeunes…débiles mentaux dont les blagues ne font rire que leurs propres personnes. Déjà, le fait d’aborder un tel sujet relève d’un racisme banal et si en plus, il est mouliné par deux amateurs, les dérapages ne peuvent êtres qu’incontrôlés.
Le Rwanda, ça a commencé justement comme cela, tout doucement…en rampant.
>>>
Ici, la Radio des Douze Collines…
Cela se passe sur une radio, dans une de ces émissions, comme il s'en fait beaucoup dans les stations privées d'Antananarivo, où l'animateur lance un débat et fait intervenir les auditeurs par téléphone. Le thème du jour est: "Madagascar fait-il oui ou non partie de l'Afrique?". Une jeune fille appelle, pour dire qu'elle ne se considère pas comme une Africaine. Une prise de position pour le moins très nette, et qui, visiblement, semble convenir à l'animateur. "Et pourquoi donc?", s'enquiert-il alors. "Parce que j'ai la peau claire", répond son interlocutrice, candide. Et l'animateur de pousser un cri de joie, à la limite de l'hystérie. Visiblement, il attendait impatiemment une réponse de ce genre. Un autre auditeur est déjà en ligne. Il avance que Madagascar fait partie de l'Afrique et que… "Je ne comprends pas que vous puissiez dire cela, coupe tout de suite le zélé animateur. Auriez-vous la peau très noire ? Etes-vous de ceux que l'on a du mal à distinguer les traits quand ils se mettent à l'ombre?". On imagine la stupeur de l'intervenant au bout du fil : "Je voulais dire que, géographiquement, Madagascar appartient au continent africain", reprend-il après quelques secondes de flottement. "Je ne suis pas d'accord avec vous, mais c'est votre point de vue après tout", conclut à regret l'animateur, avant de passer à un autre appel.
Conversations sur le racisme ordinaire sur les ondes. Du racisme courant comme on dit, banalisé jusqu'au cliché, des clichés bêtes et méchants, usés jusqu'à la trame et qui, curieusement, ne choquent plus personne par ici, surtout pas les familiers de notre sympathique radio.
Du populaire au populisme racoleur, il y a un pas que certaines radios n'ont absolument pas hésité à franchir, dont celle qui nous concerne. En cette ère bénie de la radio à l'écoute du public, le dernier retranchement en date dans lequel la féroce course à l'audimat pousse en permanence les chaînes privées, tout est permis, à condition de ne pas avoir beaucoup de scrupules, pour les animateurs, ni beaucoup de courage, pour les auditeurs. Et comme point commun aux deux parties ? La bêtise, celle qui consiste à profiter du double écran de l'anonymat des ondes, radiophoniques et téléphoniques, pour déverser publiquement ses fantasmes les plus intimes. Et tant pis si celles-ci prennent des airs de délation, de diffamation ou de discours de haine !
Entre, d'un côté, l'auditeur, anonyme derrière son portable, qui déclare sans ambages qu'il faut "éliminer tous les séropositifs et les sidéens", que les homosexuels sont "tous des malades qu'il faut enfermer", qu'"il ne faut jamais faire confiance à un Karana", et, de l'autre, les animateurs et les techniciens de la radio qui laissent passer et se diffuser de tels propos, avec pour tout commentaire de grands éclats de rire (vous a-t-on dit que les animateurs étaient quelquefois des humoristes très connus !), on ne sait pas trop qui blâmer, ou qui prendre en pitié. Sauf peut-être dans de rares cas, comme lors du passage d'un poète antesaka (originaire du Sud-est) à l'antenne, en direct, et qui, après avoir déclamé ses œuvres dans son dialecte natal, fut rabroué sèchement par l'un des animateurs (toujours un humoriste très connu !), en lui disant sans détour que "ses poèmes, ça ne marchera jamais à Antananarivo"!
Ailleurs, à Toamasina et à Mananara-Nord, on avait fermé des stations de radio et traduit des animateurs devant la justice pour moins que ça ! Ou alors faut-il croire que les propos radiodiffusés diffamatoires à caractère ethnique ou tribaliste sont plus tolérés dans la capitale que dans les autres provinces, dans une sorte de système de deux poids deux mesures?
Sur la bande FM de la capitale, sur une longueur d'onde qui se situe pas très loin de celle de notre fameuse radio, il est une station qui y va aussi de son forum quotidien, avec les auditeurs qui interviennent en direct, par téléphone. Là, les échanges sont courtois, instructifs, se situent dans le domaine de l'analyse et de l'argumentation. On voit que les intervenants maîtrisent bien leur sujet, tout comme l'animateur. Celui-ci est attentif à tous les arguments, coupe sans ménagement la parole aux énervés et ramènent poliment mais fermement à leur place tous ceux qui espéraient profiter de la situation, de manière à éviter tout dérapage extrémiste.
Manque de pot, cette radio-là est une radio étrangère, internationale pour être plus précis. Et elle propose un forum sérieux, professionnel, intelligent. Bref, tout ce qui manque aux émissions-débats matinaux de notre Radio des Douze Collines.
Andry Rabeherisoa
<<<
20:55 Publié dans Politique, Économie et Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Madagascar
04.04.2006
Pierrot Men a « fait un pacte de sang pour devenir artiste »
Ce soir (lundi 03 avril 2006) s’ouvre au Centre culturel Albert Camus une exposition photographique de Pierrot Men intitulée « L’Homme au travail ». Une occasion, sinon un prétexte, pour explorer un peu plus le parcours et la sensibilité de cet artiste hors du commun. Interview et photo : Andry Hialy.
* Les Nouvelles : Vous êtes quelqu’un qui a passé une grande partie de votre enfance à Midongy du sud et dans la région du Sud-Est de Madagascar…
- Pierrot Men : Oui, Midongy parce que mon père, un Chinois qui venait de Canton avait trouvé une jolie Malgache qui s’appelait Odette Marguerite et qui était donc ma mère. Mais je n’ai pas compris pourquoi il s’est installé en pleine brousse du Sud-Est. J’ai vécu une partie de mon enfance à Midongy, puis à Vangaindrano et Farafangana. Après, j’ai fait mes études secondaires à Fianarantsoa.
"ON VA DEVENIR ARTISTES"
* Comment s’est passé votre rencontre avec l’art ?
- Avec l’art, j’ai rencontré un « fou » de Fulgence (Léon, ndlr), un peintre que j’admirais beaucoup à l’époque où j’étais passionné de dessin et de peinture. J’ai voulu alors être peintre et j’ai d’ailleurs quitté mes études pour la peinture. Quelques années plus tard, je suis venu à la photo. Je ne sais pas pourquoi mais en tout cas, dans la photo, je me suis senti vraiment mieux qu’à l’époque où je peignais et où je ne faisais que copier de la photo, en fait. Mais bon, j’avais quand même un peu d’interprétation des couleurs mais c’était à partir des photos auxquelles je méditais beaucoup. Et je crois que la méditation, ça ne concerne que moi. Un jour, des amis aussi m’ont dit que ce que je faisais en peinture à cette époque-là, c’était vraiment pas bien parce que je ne faisais que copier de la photo et il n’y avait pas vraiment grand chose.
* Décider de faire de l’art, de la peinture dans une famille d’origine chinoise qui ne reconnaît que le commerce comme métier a dû ne pas être une chose facile pour vous ?
- Je pense que, dans ma famille, j’ai été vraiment le seul à avoir été exclu. Mes parents était commerçants et on était sept dans la famille. J’étais le seul qui est parti vers l’art, « qui ne fait pas vivre » disait mon père. Mais je m’en foutais parce que j’étais persuadé, parce que j’en étais sûr et que je connaissais ma voie et que même trois jours avant l’examen du BEPC, j’avais quitté mes études alors j’étais toujours parmi les trois premiers de la classe. Mon père n’avait rien compris. Mais s’il était vivant aujourd’hui, je pense qu’il serait fier de moi.
* Et c’était à cette époque que vous et Fulgence avez fait ce fameux pacte, ce serment ?
- (Rire). Oui, parce que je voulais suivre Fulgence. En fait, la maman de Fulgence et ma mère étaient très amies donc forcément les enfants sont aussi amis. Et quand j’ai quitté mes études pour la peinture, c’était pour suivre Fulgence à Tanà. Et il a dit, okay mais d’abord on va aller à Analakafe - forêt de caféiers - de Vangaindrano et c’est là qu’on a fait ce fameux pacte de sang. C’était vraiment un moment très très fort parce que c’est toujours dans ma tête et c’était pour moi un défi. Et on s’était dit : « on va devenir artistes tous les deux. »
* Et vous y avez réussi à votre avis ?
- En tout cas, en ce moment, on vit de notre art. Je vis de la photo et lui il vit de la peinture et il en vit très bien. Très bien, ce n’est peut-être pas le mot, mais au moins on s’exprime vraiment bien à l’intérieur de nos tripes.
* Est-ce que vous pensez que vous vous exprimez plus par la photo ou est-ce la photo qui s’exprime à vous ?
- La photo, en fait, elle vient toute seule. C’est un cadeau de Dieu. Il suffit de regarder, d’observer et de la pêcher comme si on était à la pêche. Mais dans tout ça, il y a une manière de la prendre. Et cette manière n’est pas à la portée de tout le monde. Evidemment, chacun peut faire de la photo, mais une photo est forte par rapport à la sensibilité de chacun. C’est pour ça d’ailleurs que chaque photographe est différent. Tout le monde fait différentes choses et tout est beau . C’est vrai, et moi, ma manière de m’exprimer est la même depuis le début jusqu’à aujourd’hui et je crois que je n’ai pas changé.
* Votre sensibilité, vous la puisez de quelle partie ou bien de quel aspect de votre vie ?
- J’ai vécu dans une famille pas très aisée et j’ai vraiment été sur les bancs des écoles comme on en voit partout dans Madagascar, en pleine brousse. J’ai vécu ces moments - que je ne regrette pas du tout d’ailleurs - là ou j’ai vraiment appris l’école de la vie. C’est là encore que cet esprit de défi est entré dans ma tête en se disant : « je vais essayer de prouver à partir de la photo que je peux valoriser l’effort d’une personne. »
"J'EN AI MARRE DE COMPOSER TROP BIEN"
* Vous souvenez-vous de votre première photo ?
- Oui, c’était une petite gamine et je crois que c’était la première fois qu’elle se faisait photographier et que c’était mon premier portrait aussi. C’était une petite fille timide qui était venue au magasin une fois et tout s’est passé dans le regard justement. Même si on est sourd ou muet, il suffit de se regarder pour que tout se passe très bien.
* Qu’est-ce qui a changé en vous entre cette première photo et celle que vous avez prise ce jour ?
- Je n’ai en fait pas changé dans ma démarche. Je suis toujours près des hommes, le plus près possible. Dans mes photographies, je ne rentre pas complètement dedans. Je fais des à côté qui font partie du…dedans aussi. Je n’ai pas envie de faire des choses trop classiques comme je l’avais fait avant dans la peinture ou dans mes premières photographies. Maintenant, j’ose m’exprimer pleinement allant jusqu’à couper des têtes ou à montrer des petits détails des personnages.
* Qu’est-ce qui vous a poussé à être plus audacieux qu’avant ?
- C’est l’action qui compte dans une photographie et non le fait de tourner autour. L’action, c’est le fait de ressentir la chose la première fois. Du premier coup d’œil, vous ressentez quelque chose à la tête, au cœur et à la main et tout de suite vous partez. Et même dans la voiture, des fois, je fais de la photo. Paff ! Je vise, ça ne fait rien ; j’avais l’instant et cet instant est vraiment le plus fort. Et c’est pour cela que trop composée comme je l’ai fait dans la peinture, ça ne mène à rien. Il paraît que je compose trop bien mais j’en ai marre de composer trop bien. C’est le fait d’avoir fait de la peinture qui m’a peut-être fait cette étiquette de bon compositeur mais j’aime bien les photos, un peu, mal composées.
"DES MÉTIERS AU TROISIÈME DEGRÉ"
* Qu’allez-vous montrer dans cette exposition « L’Homme au travail » ?
- C’est un hommage que je dédie aux gens qui travaillent beaucoup qu’on trouve partout dans la campagne, dans la rue. Des petits métiers et des petites gens qui sont beaucoup plus importants que ce qu’on fait dans les usines ou autre chose. C’est vraiment l’envie de travailler, de gagner sa vie. On n’a rien sans rien et il faut travailler même si ça ne rend pas milliardaire mais au moins pour nourrir sa famille. Ce sont des métiers au « troisième degré » comme ce gars que j’ai photographié dans une gargote à Ranomafana où il comptait ses sous à la fin de la journée. Je veux aussi montrer dans mes images cette force du Malgache qui bosse et qui montre sa dignité.
* Comment avez-vous fait pour choisir les photos que vous allez exposer, parmi les milliers de photos sur le travail que vous avez certainement prises toutes ces années ?
- Quand je fais de la photo, je ne pense pas au travail. J’ai choisi les images qui me touchent le plus, et où, on retrouve vraiment cette force des gens qui ont envie de travailler avec le peu qu’ils ont. C’est un peu une exposition symbolique des métiers de chez nous. Il y a aussi le côté poésie que je regarde beaucoup par rapports aux gestes, aux environnements où ils travaillent. Il y a une ambiance très sereine et point de misérabilisme que je réserve aux étrangers qui ne voient que cela chez nous. Ceux-là, je la laisse aux photographes, qui le font très bien d’ailleurs pour prouver au moins au pays que ça existe et que c’est grâce à la photo qu’on peut découvrir cela et que l’on peut réparer les choses.
22:25 Publié dans Art et Culture | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Madagascar
03.03.2006
Suicide mondial prévu le 8 mars 2006
Non, rassurez-vous, la célébration de la journée mondiale de la femme du 8 mars 2006 ne sera pas un élément déclencheur d'un suicide planétaire comme le titre du post le laisse suggérer au premier abord. C'est juste une traduction perso du sin
gle que le groupe de rock Pearl Jam va sortir ce jour-là. "World Wide Suicide" sera disponible en libre téléchargement sur le site officiel du groupe à partir de 06 heures 00 (GMT - 5).
Ce sera une version en MP3, sans DRM. A distribuer aux amis. Ce single fait partie de l'album, qui ne porte pas encore de titre et qui sera disponible le 2 mai.
Pearl Jam a été pour moi une perle ayant rénové le rock au début des années 90, quand la vague heavy metal de la décennie d’avant avait cessé d’être attrayant, se contenant d’un surplace commercial assommant.
Peal Jam, Faith No more, Rage Against The Machine… Toute une génération de rénovateurs désintéressés. En bon rockeurs.
20:20 Publié dans Art et Culture | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Madagascar
06.02.2006
14 février, modèle économique viable
« When I get older, losing my hair, many years from now,
Will you still be sending me a Valentine, birthday greetings, bottle of wine? » C’était il y a presque 20 ans et c’était la première fois que j’entendais parler de la Saint-Valentin. J’étais en 5ème et on avait à remplir en labo d’anglais des blancs dans cette chanson des Beatles (When I’m 64). La prof, Madame Nivo autant que je me souvienne de son nom, nous expliquait par la suite que c’est une tradition bien occidentale où il s’agit de s’envoyer des cartes le 14 février, jour de la Saint-Valentin qui a été soit dit en passant, rayé par l’Église catholique de son calendrier dans le soucis d’y épurer ses saints légendaires (selon Wikipédia). Puis plus rien.
Et voilà qu’à l’approche de l’an 2000, tout le monde se mettait à discourir sur cette tradition venue d’ailleurs. Il y a eu les médias d’abord et les jeunes animateurs des radios, toujours prompts à montrer de la dégaine dès qu’il s’agit de rapporter ce que font les Français. Le phénomène Saint-Valentin n’ayant envahi la France qu’à la même époque.
On y voit bien le côté asiatique et insulaire des Malgaches, constamment disposés à copier tout ce qui brille et ce qui vient d’ailleurs sans en comprendre ni le sens ni l’utilité, du moment que ça amuse et que l’on se sente faire partie d’un monde globalisé. Qu’importe si l’on fête Noël sous les tropiques et que les pères Noël en question fondent comme beurre au soleil dans leurs habits polaires le long de l’Avenue de l’Indépendance, ou si certains jeunes branchés de la Capitale se prêtent aux jeux païens d’Halloween en octobre tout en fustigeant sans réserve les joyeuses célébrations champêtres du jour d’Alahamady (jour du nouvel an lunaire dans la tradition malgache) par les traditionalistes, loin des buildings et des encarts publicitaires qui remplissent les journaux mais sans doute encore trop proches de temps beaucoup plus sombres qu’ils n’ont pas eux-mêmes (les jet-setteurs) tout à fait évacuer de leurs petites têtes malgré les strasses.
En 2006, même s’il y a eu ceux qui se sont perdus en longues explications sur l’origine et sur la nécessité de célébrer ce jour devenu subitement particulier avec la personne que l’on aime, celles-ci arrivent toujours à la même conclusion : achetez ceci, consommez cela, venez ici et payez cela, gagnez ceci pour deux en appelant ou en envoyant un sms de x ariary par envoi.
Le 14 février est devenu plus un modèle économique viable que de moments d’échanges de mots doux et de sincérité entre deux personnes éprises l’une de l’autre.
Ceux qui pensent qu’il faut faire de chaque jour une Saint-Valentin passent aujourd’hui pour les rêveurs de service. L’avantage avec le rêve justement, c’est que l’on n’a rien à payer pour en imaginer un et sans que l’on ne vous taxe de radin. Est-ce pour autant que l'on est moins amoureux?
Andry Hialy
12:35 Publié dans Politique, Économie et Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Madagascar
17.01.2006
Et Red redevient Metal
Un enterrement joyeux de début d’année s’est déroulé dimanche après-midi au Le Bus Antanimena. C’était celui des années d’errements « chocolatés » du groupe de hard rock Red Metal par un concert cyniquement intitulé « Calvary III ». Après le mea culpa de Vony relayé dans tous les journaux, les fans ont été au rendez-vous hier. Et les morceaux qui ont fait la gloire du groupe aussi.
Ils ont été présents, ceux qui ont en eu un peu marre de la mièvrerie et de l’évangélisme commerciaux à tout va des groupes de rock locaux. Les fans de la dernière heure se sont ralliés avec les déçus des années « chocolat » de Red Metal, à l’appel de Vony, celui qui résume à lui seul le groupe et qui n’a eu de cesse de faire son mea culpa dans les médias locaux toute la semaine passée. Une petite foule d’irréductibles qui veulent croire en un hard rock pur et sincère s’est donc rendue en cet endroit, plus connu pour être un lieu de rendez-vous des « branchés » de la ville. Ceux qui ont craint un possible embourgeoisement du groupe se sont vite rendu compte d’avoir eu tort dès le début des premières notes de « Sodoma » servies par Deba et Andry aux guitares, Dom à la basse, Zôzô à la batterie, et Vony, bien évidemment, au micro.
Réconciliation
Les riffs des deux frontmen dans ce premier acte ont renvoyé les spectateurs hystériques au beau milieu des années 90, aux instants les plus glorieux du groupe. « Vola », « Mpivarotena », « Poizina Mahery », « Afobe II », « Mpanjanantany » et « Ilay Tantsambo » ont été enchaînés à un rythme exténuant, sans fausse note avec un Vony, plus que jamais généreux et sans doute conscient qu’il était en train de jouer le concert de la réconciliation.
Le second acte a débuté doucement par un set acoustique, avec Deba seul à la guitare sur « Mpiatsara Velatsihy » avant que n’aient repris les morceaux tonitruants de « Andeha Hiady » et de « Calvary ».
Débordement festif
« Single Man », le morceau instrumental du groupe a été joué en début de troisième et dernière partie, comme jamais il ne l’a été auparavant dans l’histoire du groupe. Deba et Andry, dont « on se demande ce qu’il fait chez Hirah » (ndlr : groupe de rock FM) s’est questionnée une journaliste spécialisée dans le genre, ont fait preuve d’une maestria sans égale jusqu’à provoquer aux premiers sons de « Black Mass Of Sorcery » et de « Life In The Ghetto », un débordement festif que les videurs des lieux, chahutés par Vony soucieux de ses fans, ont eu du mal à contenir.
S’il restait quelque chose à Red Metal à faire après ce concert, ce serait de battre le fer de nouveau et se faire entendre par ceux qui se sont bouché les oreilles, las d’entendre des brouillons de hard rock ces dernières années, et de faire que le DVD de ce live aille dans ce sens.
Andry Hialy
(Article paru dans l’édition du lundi 16 janvier 2006 du quotidien francophone malgache Le Courrier)
(Photo : Mamiherison / Le Courrier)
02:00 Publié dans Art et Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Madagascar
16.01.2006
Personnes handicapées, entre espoir et désarroi
Atteintes de poliomyélite, aveugles, sourdes, muettes, malformées congénitalement…, les personnes handicapées en plus, ou à cause, de leurs particularités physiques ou psychiques ne sont souvent reliées à la société malgache que par les violences et les discriminations dont elles sont victimes. Elles trouvent un peu de réconfort dans les associations ou au sein de la structure familiale, surtout en milieu rural. Dans la pratique, des murs d’incompréhension et d’indifférence longent les efforts déployés ces dernières années pour faire reconnaître leurs droits. Espoir et désarroi.
« C’est parce qu’ils sont considérés comme des bêtes, comme des chiens ou des poulets que les enfants les provoquent et leur lancent des pierres. Mais au fond, les enfants sont innocents et ce qu’ils font ne sont que des répliques de ce que les parents, qui sont des adultes, leur enseignent. » Luciano n’y va pas par le dos de la cuillère pour expliquer les provocations et les discriminations dont peuvent subir les personnes ayant des handicaps mentaux, mais aussi les autres, au sein de la société. C’est, du moins le constat qu’il tire à ce propos, après une quinzaine d’années passées sur le terrain au sein de l’Ong Akanin’ny Marary (Foyer des Malades), basée à Maharivo-Ambositra et qui intervient auprès de 3500 personnes dans l’année dans toute la région de l’Amoron’i Mania.
Le poids des difficultés partagées
Les difficultés d’accès aux soins, l’éloignement par rapport aux centres de santé, la pénurie de spécialistes, autant de points défavorables somme toute partagés par l’ensemble de la population, deviennent encore plus pesants dans le mépris exprimé à l’endroit de ces personnes. « Car, poursuit-il, quand les gens se rendent compte que ces personnes sont après tout des malades ordinaires auxquels on prescrit des médicaments et des traitements, comme à n’importe quel autre malade donc, alors ils changent de comportement. »
En poursuivant sa logique, le pari semble pourtant être loin d’être gagné, l’Etat ayant totalement abandonné le sort de ces personnes aux mains des structures privées, 30 en tout dans toute l’île, se contentant d’un minimum de façade. Ses représentants sur le terrain ne font pas non plus bonne mine et versent dans la jalousie quand « les familles amènent d’abord leurs malades dans nos structures car ils craignent à l’avance la carence des soins dans les structures étatiques. Mais nous ne sommes pas là pour nous substituer à l’Etat, affirme Luciano, et il nous arrive très fréquemment d’envoyer les personnes malades se faire consulter par les spécialistes des structures étatiques ou de prendre en charge les déplacements de ces spécialistes dans notre région d’intervention, régulièrement dans l’année. »
Violences
Mais loin des discriminations et des batailles d’intendance sur la santé publique, « il y a des faits encore plus graves, il y a les violences à l’endroit de ces personnes » estime Falihery, Responsable exécutif du Collectif des Organisations des Personnes Handicapées (COPH) qui est une fédération des associations des 22 régions de Madagascar. « Des cas de viols sont de plus en plus rapportés auprès des tribunaux. Ces personnes sont vraiment vulnérables, d’après lui, et constituent des proies faciles pour d’autres personnes malintentionnées. Il faut ajouter à cela les abus dont les femmes handicapées mentales, plus spécialement, doivent endurer dans leur sphère familiale : violences conjugales, brimades et abandon du mari. » La famille demeure pourtant le meilleur refuge pour la personne handicapée et « c’est une particularité malgache, encore très forte en milieu rural », ajoute Luciano.
Malades des champs et malades des villes
Souvent beaucoup plus soudée, la famille en milieu rural prend mieux en charge ses handicapés, qu’ils soient handicapés, mentaux, moteurs ou autres et « les intègre autant que possible dans la vie de la communauté », confirme-t-il Cette prise en compte se retrouve beaucoup moins souvent en milieu urbain où « la famille traditionnelle est déstructurée » estime, pour sa part, la psychosociologue Suzy Ramamonjisoa (voir interview ci-contre). Les handicapés qui habitent dans les villes rencontrent en plus de cela, beaucoup plus de difficultés dans leur vie quotidienne. « L’accès physique dans les bâtiments officiels, les ministères et les mairies ne sont pas prévus pour les personnes ayant des handicaps moteurs par exemple, et leur limite leurs déplacements. »
Handicapé aux jambes mais pouvant se déplacer sans beaucoup trop de difficulté, Augustin, lui, parle « de la pitié, et de là, de l’exclusion de certaines tâches » comme des plus graves discriminations pouvant être faites à une personne handicapée. Le problème fait intervenir un certain nombre de facteurs qui sont liés au comportement collectif et aux règles des droits, laissés à l’appréciation et à l’éducation de chacun.
Quels droits ?
Les droits des personnes handicapées sont pourtant régis par des lois votées en 1997 et dont les décrets d’applications ont été sortis en 2001. Mais déjà, Falihery estime « qu’ils devraient être amendés pour être en accord avec les progrès faits à travers le monde en faveur des personnes handicapées. » D’autres personnes restent plus pragmatiques et pensent que le respect des droits des personnes handicapées se fera vraiment sentir quand celui des droits les plus fondamentaux de l’ensemble de la population sera effectif. Aux jeunes handicapés qui viennent se plaindre à lui s’estimant bafoués dans leurs droits d’handicapés ou parce qu’ils ne trouvent pas non plus du travail, Luciano leur répond tout simplement : « comment veux-tu que tes droits soient pris en compte ? Ta mère, elle n’est pas handicapée, est-ce pour autant qu’elle a un travail ? Tes frères et sœurs, des jeunes pleins de forces, est-ce qu’ils ont droit à l’éducation, aux soins, au travail ? »
Andry Hialy
(Article paru dans l’édition du samedi 14 janvier 2006 du quotidien francophone malgache Le Courrier)
(Photo: Mamiherison / Le Courrier)
00:00 Publié dans Politique, Économie et Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Madagascar
08.01.2006
Deux joyaux indépendants s’affirment
Non, la créativité des artistes musiciens - les vrais - du pays n’est pas morte noyée par le tout commercial et son lot de légumes vocales et instrumentales, produites industriellement à la sauce reality show et souvent pazzopoints. Loin des sentiers battus par certains médias très conscients de leur rentabilité financière (que d’heureux actionnaires !), la musique indépendante se porte très bien, merci, et nous envoie deux petits joyaux en ce début d’année. La bande à Dadee Andrianaivoson, plus connu comme bassiste du groupe de rock alternatif L.A. Doudh, réunie au sein du projet AndalanaMusic sort un album compilation éponyme : AndalanaMusic (A Collection Of Independent Music From Madagascar), et un autre à mettre au compte du groupe NOWAKT avec comme titre « Mba Atataovy » (ndlr : « Aidez-moi à soulever », traduction libre) - un clin d’œil au très célèbre poème de Dox ?
Florilège
Les deux albums ont ceci de commun qu’ils nous font redécouvrir des sonorités que l’on croyait ne jamais plus réentendre par les temps qui courent, qui ne laissent plus de latitude aux expérimentations et aux introspections musicales profondes dans les sensibilités des artistes. L’album AndalanaMusic, par exemple, est un florilège électroacoustique de rythmes allant du funk au reaggae-ragga, en passant par le jazz-rock et les roots malagasy et réunionnais. Le tout est bien servi dans des arrangements de génie qui ne laissent la place à aucune fioriture tout en ne manquant à aucun moment d’artifice. Et les textes, et les textes ? Un rien simples mais ô combien lucides.
Toutes ses sensibilités s’expliquent par le nombre des artistes qui ont contribué à cet album. Que de diversité ! Réunis autour du noyau originel de L.A. Doudh - Doudh, Dadee alias Madyvaren et Naday, certainement le meilleur guitariste frontman spécialiste de l’électroacoustique rock à l’heure actuelle - on trouve des talents inconnus mais confirmés tels Freak Com Unity, Tales Of Bilo, BluesMetisMusicLine, Gravity Sound XP, Bongomash, Tres, et d’autres plus connus comme Nataly, Vahombëy et Samoela.
Enregistré à Mahajanga, Toamasina et dans plusieurs studios de la Capitale, l’album AndalanaMusic a mis près de deux ans et demi à se concrétiser. Entre juin 2003 et octobre 2005 exactement. Dans cet album, on sent vraiment que la pression du producteur et du directeur de telle ou telle station de radio ou de télé est une notion que personne ne semble connaître.
Antithèse
NOWAKT - le temps est à l’action - c’est l’antithèse du concept qui veut que faire du reggae-ragga revenait à mettre un peu de rythme à des arrangements calqués sur des morceaux de reggae pur jus. Mba Atataovy, c’est d’abord beaucoup de funk et de rock, et un peu de reaggae après. La déclinaison reaggae-ragga des morceaux ne se révèle vraiment que par les performances vocales des deux raggamen TaksMan et Le Kid, et par le fond de leurs textes qui étrenne Babylone tout en appelant à un peu plus d’amour et de solidarité. Ceci expliquant sans doute le titre de l’album.
Pour les mordus du genre, c’est l’album à écouter absolument. C’est certainement le trait d’union entre le dernier album dancehall des Krutambull (rajima vs. slam jah), produit par l’autre label indépendant Sanfil de Planeta Koltoraly, et le très attendu prochain album de Shao Boana qui tarde à sortir des studios de Nico Rootikal à Ampandrana. Là non plus, rien ne presse pour l’instant. Espérons que le Lehilahy Jôby Makoa qu’il est nous gratifie d’un album à la hauteur de notre patience, laquelle est, avouons-le, mise à rude épreuve. Tsisy oala oala ! quand même.
La sortie de ces deux albums de très grande qualité de chez Lakaz Ambalan’Angola (Ampitatafika, banlieue ouest d’Antananarivo) confirme sans doute une tendance qui se distingue par la production de styles musicaux et d’artistes innovateurs par les labels indépendants. Beaucoup plus libres dans leurs choix, les producteurs issus de ces labels autant que les artistes osent s’avancer, s’il n’y sont pas poussés, sur les terrains de la créativité authentique (ou de l’authenticité créative) malheureusement délaissée par les mécènes, boudée par les médias et bien évidemment méprisée par le public qui s’est trouvé une nouvelle vocation ; celle de consommer de la culture (laquelle ?) jusqu’à en vomir.
Comme on en est encore à la période des vœux, on ne peut s’empêcher de souhaiter que cela change et que tous ces génies illuminent l’année de leur lumière musicale. Exit les néons sur mesure.
Andry Hialy
AndalanaMusic
(A Collection Of Independent Music From Madagascar)
01. Madyvaren feat. Vahombey - Salanitra
02. Madyvaren feat. Samoela – Popman Remix
03. Na andro – Malagasy To Kajerk
04. Nataly – Woman
05. Freak Com Unity – One Nation
06. Tales Of Bilo – Songetaka
07. BluesMetisMusicLine – Na Un Pe
08. Na Andro – Better
09. Naday – Long Live
10. Gravity sound XP – Fa Maninona
11. Bongomash – Mi Koz Pa
12. Bongomash – Akoz
13. Tres – Echanges
NOWAKT
Mba Atataovy
01. NOWAKT: Navy Aketo
02. NOWAKT Positive
03. Omeo Hery
04. Mba Atataovy
05. Aza Mifanitsakitsaka
06. Eo Anilanao Mafana
07. Mirary Soa
08. Vavaka
09. Voaary
10. Karakory
Liens utiles:
Courriel: koukoon AT hotmail DOT com (sans espace)
Site web : http://lakaz.africa-web.org/
19:45 Publié dans Art et Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Madagascar


